articles-cocomyth_intro_1Dans mes voyages et ma correspondance à travers le monde, j’ai remarqué qu’il existe une grande confusion au sujet de l’utilisation horticole de la coque de la noix de coco, que l’on appelle (après son vieillissement) « tourbe de coco » ou « tourbe de coir ». Au début des années 1980, j’ai connu ce produit comme additif potentiel au terreau minéral ou aux mélanges légers de tourbe. On pensait alors que la tourbe de coir posait trop de problèmes pour l’utiliser seule, mais qu’elle causait des résultats indirects intéressants quand on la mélangeait à un terreau ou qu’on l’utilisait comme amendement pour améliorer la structure du terreau. La tourbe de coco a été présentée à la Royal Botanical Society en 1862 ; après un succès initial, on l’a relégué à l’arrière-plan à cause de ses problèmes inhérents. De nos jours, on l’utilise partout, en mélange ou telle quelle. Mais de quoi parlons-nous, et pourquoi le marché de l’horticulture a-t-il mis tout ce temps à l’accepter?

Par Ralph B.

D’abord, les caractéristiques physiques et chimiques du coco sont uniques : elles se modifient spectaculairement avec le temps. Le paillis vert ou récemment récolté est en fait constitué de la poussière (et des fibres brisées) générée par le processus qui détache les fibres de la coque de la noix de coco. Cette matière est alors inutilisable. Après plusieurs mois de décomposition, elle commence à présenter des caractéristiques utilisables : elle retient mieux l’humidité, se met à relâcher le potassium et les autres sels à des taux raisonnables, et sa structure demeure stable. Pendant une courte période, la tourbe de coco est alors utilisable pour la production de plantes en pots. La tourbe de coco doit aller plus loin pour travailler correctement avec la plante, mais alors une grande partie de la structure est perdue et la durée utilisable est sévèrement réduite. Même si les étapes suivantes de la dégradation du coco offrent de bons amendements de sols, elles ne conviennent pas comme substrat. Ses problèmes structurels, cependant, ne forment qu’une petite partie du problème.

articles-cocomyth_text_1.
Fig A1: Effet de la membrane semi-perméable
de la cellule végétale ; elle permet à l’eau de
passer d’une région de haute concentration
à une région moins concentrée.

La disponibilité des nutriments contenus est affectée par la décomposition continue. Les cocotiers ont la rare capacité d’utiliser une solution d’eau de mer comme source d’eau. L’eau de mer a une forte conductivité électrique, qui est la mesure de la concentration en sel. Les cellules végétales ont besoin d’une conductivité beaucoup plus basse. Pour que l’eau se déplace dans les racines d’une plante, elle doit surpasser la force osmotique des membranes que ses molécules doivent traverser.  L’eau se déplace dans la plante, d’une région à faible conductivité à une région possédant une plus forte conductivité, car elle vise l’équilibre. Lorsqu’une membrane semi-perméable isole les deux solutions, seuls certains éléments ou certaines molécules peuvent la traverser, généralement des molécules d’eau ou des molécules plus petites, en utilisant le processus de l’osmose. (Fig. A-1) Les membranes peuvent également être sélectivement perméables, c’est-à-dire permettre aux particules d’une certaine taille de passer, tout en bloquant les autres.

Si sa structure est bonne, la tourbe de coco retient environ 33 % plus d’humidité qu’un substrat de tourbe de sphaigne equivalent. Le substrat peut avoir l’air sec même s’il est encore très humide.

articles-cocomyth_text_2
Fig A2 :  Elle bloque le passage de
presque tout le reste

(Fig. A-2) Dans les mélanges de terreaux typiques, fertilisés aux taux recommandés, la conductivité électrique de l’humidité racinaire (qui comprend les engrais, c.à.d. les sels) est plus basse que la conductivité interne des cellules racinaires, ce qui permet à l’eau de se déplacer ou de se diffuser à travers les membranes frontalières. Comme la conductivité électrique de la masse racinaire s’approche de celle de la plante, le mouvement de l’eau ralentit et cesse. Malheureusement, ce n’est pas tout, car elle peut se déplacer dans l’autre sens. C’est de cette façon que se produisent la plupart des « brûlures par le sel ». Pour compenser et tirer l’eau de la solution d’eau de mer (formée d’eau et de plusieurs sels différents) et la faire bouger dans la plante, le cocotier concentre les sels entre ses parois cellulaires, une région que l’on nomme « espace intercellulaire ». Cela cause une augmentation de la conductivité électrique interne, tout en permettant aux cellules de fonctionner normalement. Le processus de récolte des fibres accroît également le taux de conductivité, car les coques de noix de coco sont préalablement trempées dans de l’eau de mer (c’est la source d’eau la plus abondante près du milieu de culture des cocotiers), qui imprègne ses sels dans tous les pores du coco. Quand la décomposition se produit, de grandes quantités de ces sels ressortent, particulièrement le potassium, l’élément que l’on trouve en plus grande quantité sous forme d’ions (sel).